Championnat du Monde de Formule 1 1956
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Prélude
Après les terribles épreuves de 1955, la F1 perdait Mercedes, hyper-dominatrice sur ce championnat, mais marquée par l'horrible tragédie du Mans. C'est aussi Lancia, orpheline de Ascari, qui tirait sa révérence, "léguant" ses voitures à Ferrari.
Equipiers en 1955, Juan Manuel Fangio et Stirling Moss sont désormais rivaux. Le premier a rejoint la Scuderia Ferrari alors que le second se prépare à défendre les couleurs de la firme au Trident, Maserati. C'est donc un fabuleux duel qui s'annonce.
Pour encadrer Fangio et Eugenio Castellotti, le Commendatore a fait appel à Luigi Musso et Peter Collins. Olivier Gendebien, Alfonso de Portago et Wolfgang Von Trips complètent la Scuderia.
Chez Maserati, Moss peut compter sur Behra, Perdisa, Salvadori, Villoresi et Carlos Menditeguy.
Trois écuries britanniques jouent les outsiders : Connaught avec Jack Fairman et Archie Scott-Brown, BRM avec Mike Hawthorn et Tony Brooks mais surtout Vanwall qui compte sur Harry Schell et l'expérimenté Maurice Trintignant ainsi que sur un brillant ingénieur d'avenir, Colin Chapman, concepteur de petites "sport" baptisées Lotus.
Bugatti (pour un temps) et Gordini, courageusement, complètent le plateau.
Pour ce qui est des circuits, les GP de Suisse, Hollande et Espagne n'ont pas résisté à la tragédie de l'année précédente. Ceux de France et d'Allemagne sont réintégrés, tandis que celui de Monaco semble définitivement intégré.
Le GP d'Indianapolis continue de faire anecdotiquement partie de ce championnat pour un total de huit courses inscrites au calendrier.
Les débuts du championnat : Collins prend les devants
Le 22 janvier, pour la première manche argentine à Buenos Aires, les écuries britanniques sont absentes afin de peaufiner leur préparation. Gordini a déclaré forfait. Résultat, il n'y a que 13 voitures, toutes italiennes pour se disputer la première victoire de la saison.
Ferrari profite de ce premier Gp pour se livrer à une séance d'essayage grandeur nature en engageant cinq voitures différentes. Le but est de tester différentes solutions s'appuyant entre autres sur "l'héritage Lancia". De l'ex-Lancia D50 à la Super Squalo, toutes les modifications sont testées.
Tout commence par une domination du régional Menditeguy sur Maserati derrière lequel Moss s'accroche. Fangio, dont le V8 cafouille, accumule les arrêts avant de se voir "offrir" sur ordre de l'écurie la voiture de Luigi Musso.
Puis Moss, victime d'une fuite d'huile, doit abandonner laissant la victoire à l'argentin. Behra, brillant second prend la tête du championnat, n'ayant pas de points à partager.
Hawthorn exceptionnellement sur Maserati, Landi et Gendebien complètent le tableau d'honneur de ce premier Gp 1956.
Le 13 mai, à Monaco, malgré une pôle encore réalisée de façon impressionnante par Fangio, c'est Stirling Moss qui prend d'emblée le commandement pour ne plus le lâcher.
Sous la pression, le champion argentin commence par effectuer un tête à queue qui lui fait perdre quelques places, puis tape le mur au bureau de tabac. Cela fait les affaires de Stirling qui possède dès lors un bel avantage sur Collins et Behra.
Mais à la mi-course, sur ordre de son stand, Collins doit, la mort dans l'âme, céder sa voiture à son leader. L'argentin va dès lors entamer une course poursuite effrénée pour remonter de façon spectaculaire un retard qui avoisine la minute. Les choses sont d'autant plus délicates pour Moss que depuis un accrochage avec son coéquipier Cesare Perdisa, son moteur semble donner des signes de fatigue.
Mais malgré un final épique, le maestro vient échouer à six petites secondes du britannique. Behra complète le podium devant Castellotti et la Gordini de Nano Da Silva.
Dans le duel avec son rival, Moss égalise à une victoire partout. Mais c'est Behra qui conserve la tête du championnat d'un petit point.
La veille du Grand Prix de l'ACF à Reims (1er juillet), Dino Ferrari s'éteint à 24 ans.
Lors des essais, Hawthorn s'accroche avec son coéquipier de chez Vanwall, un certain Colin Chapman, qui laissera là tous ses espoirs d'une grande carrière pilote. L'homme aura sa revanche.
Juan Manuel Fangio domine une fois de plus l'exercice des qualifications et très rapidement en course, ce sont cinq Ferrari qui se détachent.
Mais ce jour-là, le héros, ce fut Harry Schell sur sa Vanwall. L'américain, pourtant trahi par son moteur au 6ème tour, récupère celle de Hawthorn. Puis il avale les Maserati de Moss et Behra avant de faire de même sur les Ferrari de Collins et Castellotti. La Vanwall vole ! Mais au 38ème tour, une injection défaillante ruine cette course superbe. Fangio, aspergé de carburant, est lui aussi contraint à l'arrêt.
Collins l'emporte devant Castellotti et Behra qui a résisté au retour d'un argentin déchaîné.
Avec 19 points, Collins ne cesse de surprendre et s'installe confortablement en tête du championnat devant Behra (14 pts), Fangio (13 pts) et Moss (12 pts).
Le 3 juin à Spa, malgré des rumeurs persistantes sur une brouille entre Fangio et Ferrari, l'argentin remet les pendules à l'heure de la plus belle des façons. Lors des essais, il relègue ses adversaires à plus de quatre secondes.
Le maestro domine le début de course, tandis que Moss qui a perdu une roue, doit courir au stand récupérer la monoplace de Cesare Perdisa.
Aux deux tiers de la course, nouveau coup de théâtre ! C'est Fangio, transmission cassée, qui doit abandonner. Collins en profite pour s'adjuger sa première victoire devant Frère et Moss 3ème malgré un record du tour rageur dans les dernières boucles.
Harry Schell score les premiers points de Vanwall tandis que Villoresi complète le tableau.
Moss et Collins prennent la tête du championnat devant Behra et Fangio. Les quatre hommes sont en deux points !
Fangio reprend la direction des opérations
Le 14 juillet, c'est à Silverstone que Moss se distingue en arrachant enfin à Fangio la pôle. Très vite, les BRM de Hawthorn et Brooks prennent la direction des opérations. A vouloir suivre leur rythme infernal, le champion argentin ne pourra éviter un tête à queue magistral à Beckett.
L'euphorie à domicile de BRM ne durera que vingt tours avant qu'elles ne soient contraintes à l'abandon et que Moss reprenne la direction des opérations devant... Fangio. Classique !
Classique aussi cette saison, la malchance du britannique, contraint une fois de plus à l'abandon suite à une fuite au réservoir. C'est donc à un Fangio, fiévreux et malade, qui s'évanouit après l'arrivée, que reviennent les lauriers de la victoire. Il devance Collins, Behra et Fairman sur Connaught.
Au championnat, Juan Manuel est revenu à un tout petit point de son équipier britannique.
Le 5 août, c'est donc un Fangio en pleine confiance qui retrouve son circuit préféré du Nürburgring. Les Anglaises, trop tendres, ont passé la main sur ce parcours si meurtrier tandis que Gordini envoie deux voitures.
L'argentin réalise déjà une pôle d'anthologie en faisant tomber le record de la Mercedes suralimentée (485 chevaux) de Hermann Lang en 1939...
L'argentin prend d'emblée la direction des opérations devant ses deux habituels adversaires britanniques, son équipier Collins et Moss. Les deux anglais se battent avec vaillance, mais le maestro repousse "sauvagement" leurs assauts en faisant à nouveau tomber le record de la mythique piste de l'Eifel.
A l'arrivée, il devance Moss de 46 secondes. Collins a abandonné sur accident. Behra est 3ème à plus de 7 minutes. Pôle, record du tour et victoire, le cannibale vient d'accomplir un exploit de haute volée sur ce circuit d'hommes.
Au championnat, Moss est déjà battu. Désormais, seul Collins peut encore priver l'argentin d'un quatrième titre. Mais il doit pour cela l'emporter lors de la dernière course et s'adjuger le meilleur tour.
Le 2 septembre, c'est donc à Monza, encore sur le circuit combiné, que va se dérouler la finale de ce championnat disputé. Et l'issue en sera pour le moins inattendue.
Maserati aligne deux toutes nouvelles voitures, aux mains de Moss et Behra. Chez ferrari, c'est un petit nouveau, Wolfgang Von Trips, qui apparaît.
A Monza, le premier adversaire qu'il faut affronter, c'est l'anneau de ciment terrible pour les suspensions et les pneumatiques.
Stirling Moss domine la course devant Luigi Musso quand Fangio est contraint à l'abandon sur un problème de direction. Moss poursuit sa domination devant Musso et Collins... qui peut toujours, en cas de victoire devenir champion du monde.
Mais surprise, lors d'un simple arrêt pour changer ses pneus... Collins aperçoit son chef de file prostré dans un coin du stand Ferrari. Il saute de sa voiture et lance un "A toi Juan !" lourd de conséquences. Quoiqu'il arrive désormais, Juan Manuel sera champion cette année encore.
Peu de temps après, Moss tombe en panne d'essence et ne doit son salut qu'à une astucieuse mais vigoureuse poussette de son coéquipier Piocci qui lui permet de ravitailler. Musso, lui, est trahi par sa direction et doit abandonner laissant finalement la victoire à Moss devant... Fangio.
On n'ose imaginer le destin d'un Collins s'il avait mené cette course à son terme. C'est ainsi qu'on devient un gentleman pilote... mais peut-être aussi que se perd un titre. Pour Collins, "le maître devait être sacré champion du monde les armes à la main, au volant de sa monoplace, avec les honneurs de la bataille, à la pointe de la bagarre". Pour beaucoup, le temps de ce pilote chevalier viendrait... nul doute qu'il deviendrait lui aussi champion du monde. Sa mort en 1958 ne lui en laissera hélas pas le temps.
C'est donc Juan Manuel Fangio qui s'adjuge le titre lors d'une saison difficile marquée par une relation pas forcément idyllique avec Enzo Ferrari.
Moss est de nouveau son dauphin.
Calendrier
| Grand Prix | Circuit | Distance (km) | = | Tours | × | Longueur (m) | ||
| 1. | 22 Janvier | Argentine | Buenos Aires | 383,415 | · | 98 | · | 3912,4 |
| 2. | 13 Mai | Monaco | Monte Carlo | 314,500 | · | 100 | · | 3145 |
| 3. | 30 Mai | Indianapolis 500 | Indianapolis | 804,680 | · | 200 | · | 4023,4 |
| 4. | 3 Juin | Belgique | Spa-Francorchamps | 508,320 | · | 36 | · | 14120 |
| 5. | 1 Juillet | France | Reims | 506,422 | · | 61 | · | 8302 |
| 6. | 14 Juillet | Grande-Bretagne | Silverstone | 475,760 | · | 101 | · | 4710,5 |
| 7. | 5 Août | Allemagne | Nurburgring | 501,820 | · | 22 | · | 22810 |
| 8. | 2 Septembre | Italie | Monza | 500,000 | · | 50 | · | 10000 |
Championnat du Monde des Pilotes de Formule 1 1956
| Place | Pilote | Nationalite | Ecurie | Points |
| 1 | Juan Manuel Fangio | Argentine | Ferrari | 30 |
| 2 | Stirling Moss | Grande Bretagne | Maserati | 27 |
| 3 | Peter Collins | Grande Bretagne | Ferrari | 25 |
| 4 | Jean Behra | France | Maserati | 22 |
| 5 | Pat Flaherty | USA | Watson | 9 |
| 6 | Eugenio Castellotti | Italie | Ferrari | 7.5 |
| 7 | Paul Frère | Belgique | Ferrari | 6 |
| 7 | Chico Godia | Italie | Maserati | 6 |
| 7 | Sam Hanks | USA | Kurtis | 6 |
| 10 | Jack Fairman | Grande Bretagne | Connaught | 5 |
| 10 | Luigi Musso | Italie | Ferrari | 4 |
