Juan Manuel Fangio

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Au commencement était Juan Manuel…

Juan Manuel Fangio est né à Balcarce, en Argentine le 24 juin 1911. C’est le cinquième enfant d’une famille de sept. Ses parents sont des émigrés italiens, les Fangio et les Deramo, originaires des Abruzzes.
Juan Manuel doit son prénom au jour de sa naissance, la San Juan ainsi qu’aux farouches convictions monarchistes de son père qui ajoute Manuel en l’honneur du roi d’Italie.
Affectueusement, on le surnomme “el chueco” en référence à ses jambes arquées.

Biographie
[modifier] La lente affirmation d’une passion

Il entre à l’école à 6 ans mais à 11 ans déserte les bancs de l’école pour aller travailler comme apprenti dans une forge puis dans un garage. C’est sans doute là que commence à se nouer sa “romance” avec ces machines infernales nées de l’autre côté de l’Atlantique et qui stigmatisent tout le progrès d’un monde en marche.
A 13 ans, il devient aide mécano chez Studebaker où l’on prépare des voitures de course. Il perfectionne ses connaissances de mécanicien mais affine aussi sa maîtrise de la conduite au volant de la voiture de service avec laquelle il va prendre livraison de pièces dans les localités voisines. C’est l’école de la route et des pistes argentines, ardues et dangereuses, qui lui procure tous les gages de réussite pour s’aguerrir : poussière, boue et danger sont souvent au rendez-vous.
C’est alors qu’il manque de mourir d’une pleurésie tenace qui le tiendra alité près d’un an sous la chaleureuse attention de sa mère. Malgré cela, il est déclaré apte au service et incorporé dans l’armée (régiment d’artillerie n°6 à Campo de Mayo) où il sera chauffeur d’officier.
A 21 ans, de retour chez lui, encouragé pas ses amis ainsi que par son père qui lui donne un terrain, il ouvre son propre garage puis un second dans le centre de Balcarce. Il n’oubliera pas de témoigner plus tard sa gratitude à tous ceux qui l’ont ainsi poussé vers sa destinée.
En 1936, il a 25 ans quand ses amis lui prettent une Ford modèle “A” (c’est un taxi du père d’un ami) et l’encouragent à participer à une course locale. Il s’inscrit sous le pseudonyme de Rivadavia Mais une bielle rétive le contraint à l’abandon, ce qui ne l’empêchera pas de récidiver sur des courses locales puis peu à peu plus importantes.
Et les premiers succès surviennent. Dès 1939, il participe aux Turismo de Carrateras avec comme principal adversaire : Oscar Galvez. Le public est scindé en deux : les galvistas et les fangistas. En 1940, au volant d’une Chevrolet rafistolée par ses soins, il peut s’inscrire, grâce une fois de plus à la contribution de sa ville et de ses amis, au Gran Premio Del Norte, une course qui relie Buenos Aires (Argentine) à Lima (Pérou) et retour, au terme d’un périple endiablé de 9 445 km. Il remporte cette course après deux semaines ponctuées d’harassantes étapes quotidiennes. Lors de cette course, à la fin de chaque étape, il effectue évidemment lui-même les réparations nécessaires avec la seule aide de son copilote.
Il obtient la même année son premier titre de champion d’Argentine de Turismo de Carreteras, puis une nouvelle fois en 1941.
C’est alors que la guerre provoque un rationnement de carburant et de pièces détachées… C’en est provisoirement terminé de ces folles joutes endiablées sur les chemins poussiéreux d’Argentine. Juan Manuel Fangio doit se résoudre à cette inactivité forcée, mais continue, pour son entreprise, de sillonner les pistes argentines à des vitesses de course automobile dit-on… histoire de ne pas perdre la main.

Le conflit terminé… Les hommes s’en retournent à la reconstruction. Comme en France et dans le monde entier, la course redémarre. Dès 1947, l’Automobile Club d’Argentine, sous l’impulsion du président Peron a saisi l’opportunité d’organiser des courses internationales (la Temporada) avec la présence des meilleurs pilotes européens : Achille Varzi ou Luigi Villoresi sont de la partie. Ceux-ci viennent triomphalement se frotter aux argentins qui observent étonnés les monoplaces qui débarquent, bijoux fabuleux dont ils avaient tant entendu parler.
En 1948, à Rosario… C’est Amédée Gordini qui amène dans ses bagages deux Gordini dont l’une sera conduite par le meilleur pilote du moment, le français Jean-Pierre Wimille alors que la seconde sera confiée à un solide espoir argentin, âgé de 37 ans et répondant au nom de… Juan Manuel Fangio.
L’argentin, au terme d’une superbe course, donnera du fil à retordre au français avant d’être contraint à l’abandon. Wimille ne s’y trompera pas, soulignant l’exceptionnelle performance du champion local.
C’est le moment choisi par l’Automobile Club d’Argentine pour lancer un ambitieux programme national pour amener Fangio sur le circuit européen dès 1949. La structure se dote de quatre Maserati 250F et d’une Gordini.
Il débarque donc en Europe et prononce à propos de sa voiture une phrase qui rétrospectivement deviendra célèbre : “si seulement elle pouvait gagner une seule fois…”. Sans imaginer que son désir serait comblé au delà de ses espérances puisque avec sept triomphes sur cette première saison européenne, on pourrait presque lui attribuer une couronne de plus avant même la naissance de la F1.
[modifier] A la conquête de l’Europe

Les morts de Varzi et Wimille ont laissé Alfa Romeo sans pilote en 1949 et l’écurie orpheline s’était retirée…

Mais en 1950, pour le premier Championnat du Monde de Formule numéro 1, les “Alfettes” reprennent du service et l’écurie profite d’une blessure de Farina pour faire appel à Fangio.
Avec Fagioli, les trois “Fa” sont réunis pour donner le “la” de cette première saison outrageusement dominée par l’Alfa Romeo T159. C’est Nino Farina qui s’octroie finalement le titre d’extrême justesse. Mais Fangio a fait globalement jeu égal sur la saison s’octroyant trois victoires sur les six épreuves.

En 1951, Fangio remporte son premier titre chez Alfa Romeo. Les Alfettes ne sont pourtant plus à la fête face à l’imposante armada Ferrari menée par Ascari.
Le “chueco” engrange trois victoires… dont une en “partageant” la voiture de Fagioli ce qui pousse ce dernier à mettre un terme à sa carrière. Mais surtout, la dernière course décisive pour le titre sur le circuit catalan de Pedralbes à Barcelone reste mémorable. Ce jour-là, les Ferrari sont les plus rapides, mais une meilleure stratégie de l’équipe Alfa permet à Fangio de l’emporter pour s’adjuger le titre.
Alfa Romeo l’emporte une fois de plus… Mais chahutée par Ferrari sur cette saison… Le déclin semble amorcé et l’écurie préférait se retirer du Championnat.

En 1952, passé chez Maserati, Fangio subit à Monza le plus grand accident de sa carrière. Il se brise les vertèbres cervicales et doit renoncer à la suite de sa saison. La veille il a dû courir une course à Belfast et a voyagé toute la nuit depuis Paris pour rejoindre le circuit une demie-heure avant la course.
Il commentera plus tard en riant : “A deux heures, j’étais à Monza. A deux heures et demie sur la grille et à trois heures à l’hôpital.”
En partant donc de l’arrière de la grille, Fangio a commis une erreur qui a envoyé la Maserati en dérapage. Ses réflexes altérés par la fatigue l’empêchent de reprendre le contrôle de sa monoplace qui percute le terre plein envoyant la voiture dans un vol plané terrifiant.
Longtemps, Juan Manuel semble perdu et passe les heures suivantes à l’article de la mort, recevant même l’extrême onction.

En 1953, Fangio reprend enfin sa place sur la grille, cette toujours au volant d’une Maserati. Mais le championnat est dominé par Ferrari. Ascari s’adjuge donc une seconde couronne consécutive devant un Fangio méritant qui terminera devant tous les autres pilotes Ferrari. Il en profite même pour “célébrer à sa manière” son accident de l’année précédente en emportant à Monza une belle victoire.
Il y a d’ailleurs une belle anecdote sur ce GP qui témoigne de la loyauté et de l’attachement de ses mécanos. Pendant les essais, Fangio se plaint d’une vibration grave sur sa voiture. Les mécaniciens l’assurent alors qu’ils corrigeront ce problème… Ce qui est fait pendant la nuit. Cependant, le lendemain, son coéquipier Felice Bonetto, descendant de voiture, se plaint d’une vibration qu’il a subi durant la course estimant que c’est une chance “qu’il ait pu conserver ses dents”. Fangio comprend tout de suite que ses mécanos n’ont changé que le numéro des voitures et cela l’avait beaucoup fait rire.
[modifier] La domination du “Maestro”

Pour les années 1954 et 1955, c’est chez Mercedes que se poursuit l’aventure. Ce n’est en fait pas tout à fait vrai en 1954, puisque du fait du manque de préparation de Mercedes, le géant allemand manque les deux premières épreuves de la saison. Fangio poursuit donc provisoirement sa coopération avec Maserati.
Il ne fait d’ailleurs pas de détail en s’adjugeant de façon magistrale ces deux premiers rendez-vous de la saison. Puis, il peut alors rejoindre Mercedes l’esprit serein pour récolter une coupe de plus au GP suivant.
Au total, c’est six courses sur huit que s’adjuge Juan Manuel avec une impression de facilité déconcertante. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper… Si la Mercedes W196 donne l’impression de dominer outrageusement la concurrence, sa puissance la rend très difficile à conduire et sa consommation est pénalisante…
D’ailleurs, Fangio finit le championnat devant l’armada des pilotes Ferrari : Jose Froilan Gonzalez, Mike Hawthorn, Maurice Trintignant et très loin devant ses équipiers Karl Kling et Hans Herrmann.
Fangio s’adjuge là sa seconde couronne, le premier titre d’une série de quatre consécutifs.

En 1955, toujours chez l’ogre allemand, il se voit adjoindre le jeune anglais Stirling Moss. Ils forment tous deux un duo sensationnel qui aura l’occasion d’en découdre cette saison et les suivantes.
C’est Moss qui lui donne son surnom de “Maestro” qui lui est resté. L’anglais affirmera avoir plus appris aux côtés de l’argentin et sur ses traces que dans tout le reste de sa carrière.
Impérial encore, il s’adjuge 4 victoires en six épreuves. Il se distingue encore par de nouveaux exploits et commence de la plus belle des manières en enlevant le premier GP de la saison en Argentine dans des circonstances caniculaires épouvantables. Alors que ses concurrents se relaient pour faire face à une température et une fatique insupportables, l’argentin lui mène seul sa monoplace à la victoire.
Mais ce qui reste hélas de cette saison, c’est la mort de l’Ogre de Modène, le double champion du monde italien Alberto Ascari. Sa mort provoque le retrait de l’écurie Lancia qui va “léguer” tout son matériel à la Scuderia Ferrari.
Pire encore, au 24 heures du Mans, l’accident mortel de Pierre Levegh entraine le décès de 92 personnes. Mercedes se retire de cette compétition automobile qu’elle a dominée pendant ces deux dernières années.
Au championnat de Formule 1, c’est Fangio qui coiffe sa troisième couronne, loin devant son équipier Moss.

En 1956… “el Maestro” rejoint Ferrari avec laquelle il obtiendra son 4ème titre.
Contrairement à ce dont on pourrait préjuger, l’entente avec le Commendatore n’est pas bonne. Enzo Ferrari n’apprécie pas Fangio, probablement parce que celui-ci l’a déjà privé de trop nombreuses victoires et que c’est pour lui chose impardonnable.
Cette année est très spéciale pour l’Argentin qui à plusieurs reprises ne peut finir la course sans recourir à “l’utilisation” de la monoplace d’un coéquipier, qu’il s’agisse de Collins, Castelloti ou de Musso. Il lui faut attendre la mi-saison et Silverstone pour pouvoir enfin prendre la direction des opérations cette saison.

Fangio va définitivement s’adjuger le titre lors de la dernière course à Monza… quand Collins offre à son chef d’équipe sa monoplace et… sans doute ses derniers espoirs de titre.
Il est des gestes qui marquent les esprits… et ce geste noble est apprécié à sa juste valeur par le maître.
La brouille entre Fangio et Enzo Ferrari s’apaise alors un peu. Mais le Commendatore ne cesse d’insinuer que l’Argentin devoit ce titre avant tout à son matériel et qu’il ne pourra être champion à nouveau qu’en recourant avec Ferrari.

Chose que Fangio se fait fort d’infirmer en retournant chez Maserati en 1957 et en provoquant la défaite de la Scuderia et de ses meilleurs pilotes Mike Hawthorn ou Peter Collins.
Il obtient ainsi son 5ème titre en gagnant une de ses courses les plus mémorables au Nürburgring… Suite à un problème lors d’un ravitaillement, il semble distancé pour la victoire. Mais sur ce circuit mythique qu’il a toujours adoré, il est l’auteur d’une remontée exceptionnelle et s’offre les deux Ferrari de pointe, celles de Collins et de Hawthorn, enthousiasmant le public par sa virtuosité.
[modifier] Une légende

En 1958, il reçoit le prix de l’Académie Française des Sports qui l’honore pour l’excellence de cet exploit sportif.
Il effectue cette année ses deux dernières courses en Argentine puis à Reims. Il se classait une dernière fois 4ème avec un matériel en retrait avant de prendre sa retraite. Lors de cette course, Mike Hawthorn, en signe de respect s’est refusé à lui prendre un tour. “On ne prend pas un tour à Fangio” justifiera-t-il plus tard.
En sortant de sa monoplace, Fangio demande à être conduit à l’hôpital où son ami Luigi Musso a été conduit suite à un accident avec sa Ferrari. Là un médecin lui annonça la terrible nouvelle, Musso est mort.
A son tour donc, le Maestro s’éloigne des circuits et des lauriers. Il rejoint sa famille et son pays qu’il adore et qui a fait de ce mythe incarné une idole nationale.

Anecdote amusante, Juan-Manuel décide en 1961 de… passer son permis de conduire.

Il meurt en 1995 d’une pneumonie, à 84 ans, laissant dans tous les livres et les images d’archives la marque indélébile d’un champion d’exception qui permit à la F1 naissante de graver ses premières pages de gloire.

[modifier] Fiche Signalétique

Argentin
né le 11 Juin 1906 à Balcarce (Argentine)
décédé le 17 Juillet 1995 à Balcarce (Argentine) d’une pneumonie
Début en GP : Grande-Bretagne 1950
Dernier GP : France 1958
Nombre de GP disputés : 51
Meilleur résultat en course : victoire (24 fois)
Meilleur résultat en qualifications : pole position (29 fois)
Nombre de points marqués : 277,64
Nombre de podiums : 35
Nombre de meilleurs tours : 23

[modifier] Carrière en F1

1950 Alfa Romeo
1951 Alfa Romeo
1952 Maserati (forfait suite à son grave accident à Monza hors championnat)
1953 Maserati
1954 Maserati, Mercedes-Benz
1955 Mercedes-Benz
1956 Ferrari
1957 Maserati
1958 Maserati

[modifier] Palmarès
[modifier] Titres

1940 Champion d’Argentine de Turismo de Carreteras
1941 Champion d’Argentine de Turismo de Carreteras
1948 vice-champion d’Argentine de Formule Libre
1949 vice-champion d’Argentine de Formule Libre et de Turismo de Carreteras
1950 vice-champion du Monde des pilotes de Formule 1, vice-champion d’Argentine de Formule Libre
1951 Champion du Monde des pilotes de Formule 1, vice-champion d’Argentine de Formule Libre
1952 Champion d’Argentine de Formule Libre
1953 vice-champion du Monde des Pilotes de Formule 1
1954 Champion du Monde des pilotes de Formule 1
1955 Champion du Monde des Pilotes de Formule 1
1956 Champion du Monde des Pilotes de Formule 1
1957 Champion du Monde des Pilotes de Formule 1

Ses 4 participations aux 24 heures du Mans
Année Numéro Voiture Catégorie Copilotes Essais qualificatifs Résultat en course
1 1950 33 Simca Gordini T15 C – Jose Froilan Gonzalez 29ème Abandon
2 1951 6 Talbot Lago T26 GS – Louis Rosier 53ème Abandon
3 1953 22 Alfa Romeo 6C 3000 CM 3001 à 5000 cm3 Onofre Marimon 43ème Abandon
4 1955 19 Mercedes-Benz 300 SLR 2001 à 3000 cm3 Stirling Moss 45ème Abandon

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